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Un insecticide vietnamien très épicé

Pour protéger leurs cultures contre les parasites, des paysans du centre du pays utilisent un cocktail efficace d’ail, de piment et de gingembre.


Depuis près de deux ans, les paysans du hameau de Khe Su (village de Lôc Tri, district de Phu Lôc, province de Thua Thiên-Huê) appliquent une méthode d’éradication des parasites tout à fait originale. Ils utilisent en effet du piment, de l’ail, de l’oignon, du gingembre, entre autres, pour fabriquer un produit contre les insectes qui s’attaquent aux cultures.

Pour que nous puissions nous en rendre compte de nos propres yeux, Pham Van Biên, un agriculteur du hameau, va chercher dans sa cuisine une poignée de piments, d’ail, d’oignons frais et autres légumes. Il met tous les végétaux dans un mortier, les réduit en poudre, y ajoute de l’eau et une décoction de son et de riz dans des proportions conformes à une formule préétablie. Il verse ensuite le mélange dans un pulvérisateur, puis en asperge les champs de liserons d’eau (Ipomoea aquatica), de rau dên (une espèce d’amarante), de gombos et d’aubergines. Selon Pham Van Biên, depuis qu’il utilise cette préparation, ses cultures maraîchères n’ont plus jamais la visite d’un seul parasite.

“Ce n’est pas nous qui avons inventé cet insecticide, explique Cao Thanh, un autre paysan, mais Pr Lê Dinh Huong, de l’université d’agriculture et de sylviculture de Huê, et des cadres du projet de la Jica [Japan International Cooperation Agency, l’Agence japonaise de coopération internationale]. Ils sont venus nous donner une formation et nous guider. Ils avaient vu que, pour travailler la terre, cultiver nos champs, soigner nos cultures, nous étions obligés de nous servir de beaucoup de produits chimiques nocifs pour combattre les parasites. Maintenant, on sait comment fabriquer des engrais et des pesticides à partir de fruits et légumes naturels, à la fois non polluants pour l’environnement et non toxiques pour les consommateurs. C’est vraiment formidable.”

Cao Thanh ne s’est pas contenté d’utiliser les engrais et les insecticides à base de produits 100 % naturels ainsi obtenus pour traiter ses cultures potagères. Il a audacieusement réservé une parcelle de près de 500 mètres carrés à une expérience de culture de riz biologique, qui s’est révélée plus que concluante. A la dernière récolte, le rendement y est en effet aussi élevé que sur le reste de ses rizières, qui avaient été traitées avec des engrais et des pesticides chimiques. Qui plus est, la qualité du riz cultivé dans le champ expérimental est nettement supérieure et son grain particulièrement beau. “L’année prochaine, je vais généraliser cette méthode de culture à la totalité de mes terres”, annonce avec confiance Cao Thanh.

Les paysans de Khe Su fabriquent aussi des engrais et des pesticides naturels à partir du vinaigre de charbon et des graines de neem (un arbre exotique également appelé margousier, Azadirachta indica A. Juss), selon un procédé que leur a présenté Shugo Hama, un spécialiste de l’agriculture biologique de l’université d’agriculture et de technologie de Tokyo. M. Shugo Hama a passé des années à étudier les techniques traditionnellement employées dans les campagnes de son pays, avant d’en faire la synthèse pour les diffuser auprès des paysans du Vietnam, dans le cadre de projets en faveur de l’agriculture engagés par la Jica. Il s’agit d’apporter une assistance technique, de conseiller et d’enseigner des techniques de production sans danger pour l’environnement et les consommateurs. Grâce à ces programmes, les agriculteurs de Khe Su ont appris le procédé de compostage par fermentation microbienne pour transformer balles de paddy, paille, branchages et feuillages en engrais naturels. Désormais, ils savent aussi brûler du charbon pour en extraire un vinaigre qui, une fois mélangé aux graines de neem, donne un insecticide efficace. Le Pr Lê Dinh Huong s’est joint à l’action de la Jica à Khe Su. “A vrai dire, commente-t-il, l’idée d’utiliser des pesticides d’origine végétale n’est pas nouvelle. D’autres pays ont adopté ces méthodes depuis longtemps déjà. Mais on a tellement eu recours aux produits chimiques pour assurer un développement aussi rapide que rentable de l’agriculture qu’on a progressivement oublié les techniques traditionnelles. Cependant, les effets nocifs sur la santé humaine des résidus chimiques contenus dans les aliments ont été amplement démontrés, suscitant aujourd’hui de vives inquiétudes. C’est pourquoi on observe maintenant un retour à des méthodes de production traditionnelles, éprouvées dans le temps, saines et non polluantes.”

Selon Nguyen Tam, chef du hameau de Khe Su, si l’on veut que ce projet de cultures biologiques se développe largement dans le pays, il faut qu’il entre dans le cadre d’une politique globale de l’Etat. En l’absence d’un soutien des pouvoirs publics, les paysans resteront obnubilés par la perspective de profits plus élevés et plus rapides procurés par les engrais et les pesticides chimiques.

Courrier international : 30/03/11

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